Pêcheuses et guerrières, 1887
« J'ai grandi sur le rivage de la mer, moi, de la mer grise et froide du Nord, dans une petite ville de pêche toujours battue par le vent, par la pluie et les embruns, et toujours pleine d'odeur de poisson, de poisson frais jetés sur les quais dont les écailles luisaient sur les pavés des rues, et de poisson salé et roulé dans les barils, et de poisson séché dans les maisons brunes coiffées de cheminées de briques dont la fumée portait au loin, sur la campagne, des odeurs fortes de hareng. Je me rappelais aussi l'odeur des filets séchant le long des portes, l'odeur des saumures dont on fume les terres, l'odeur de varechs quand la marée baisse, tous ces parfums violents des petits ports, parfums rudes et senteurs âcres mais qui emplissent la poitrine et l'âme de sensations fortes et bonnes. »